En clair, pour un public très averti.
Je vous souhaite, encore une fois, une bonne année et vous remercie de votre attention.
Je vous souhaite une très bonne lecture.
Maeva.
7h00.
L'alarme déchire le silence pour la troisième fois. J'entrouvre un œil, le temps de confirmer que le soleil est bien levé et que je n'ai pas rêvé l'heure. C'est lundi. Pourquoi le réveil est-il toujours plus cruel le premier jour de la semaine ?
Je suis encore perdue dans le brouillard du sommeil quand ma porte claque. Une petite tornade blonde se jette littéralement sur moi. Diana. Ma source de joie, ce miracle de six ans qui a totalement bouleversé mon existence.
- Maman ! Je suis prête ! Et toi ? C'est la rentrée, je ne veux pas être en retard !
- Je sais, ma chérie, murmuré-je en l'enlaçant. On connaît la règle : "Le jour de la rentrée, il faut arriver les premières pour montrer qu'on est vives et intelligentes." Sinon, les professeurs vont croire qu'on fait la sieste, pas vrai ?
- Oui ! s'exclame-t-elle en sautillant sur le matelas.
- Allez, file. Laisse-moi me préparer. Tu as ton goûter ? Ta gourde ?
- Maman, j'ai tout pris ! Tout ce que tu avais préparé hier soir. Et je ne suis plus un bébé, alors dépêche-toi !
- Je te signale que tu n'as que cinq ans, donc techniquement...
- On va être en retard ! Répète-t-elle déjà à l'autre bout du couloir ?
Fin de la discussion. À peine cinq ans et elle possède déjà ce don pour se faire respecter et obtenir ce qu'elle veut. Parfois, en la regardant, je me demande avec une pointe d'angoisse : D'où tient-elle ce tempérament de feu ?
Quelques heures plus tard, après avoir déposé Diana dans sa nouvelle classe, le calme de l'hôpital remplace le chaos du matin. Je suis penchée sur des dossiers quand Elisa, ma collègue et complice, passe la tête par la porte.
- Salut, toi. Ça va ?
- Oui, pourquoi ? Tu ne devrais pas être au bloc ?
- Je sors tout juste. Je te cherchais. D'habitude, tu as déjà salué la moitié de l'hôpital à cette heure-ci. Je me suis demandé si tout allait bien...
- Juste un manque d'énergie, soupiré-je. Couchée à deux heures, je suis de garde demain soir. Je veux juste boucler mes consultations et retrouver mon lit. C'est un argument médicalement valable pour mon manque d'enthousiasme ?
- Presque. Mais je parie qu'il y a autre chose.
Je me tourne vers elle, feignant l'étonnement. Elisa me lit comme un livre ouvert depuis deux ans. On s'est rencontrées lors de notre première année d'internat et notre ambition commune nous a soudées. Elle est devenue ma sœur, la seule à qui je confie Diana les yeux fermés. Ma mère dit souvent qu'elle est l'influence la plus positive de ma vie.
- Vas-y, expose-moi ton diagnostic, docteur.
- Je sais que tu détestes ça, mais... Diana a encore posé des questions sur son père, non ?
Mon silence est son unique réponse. Je lâche mon stylo et me redresse sur mon siège, le regard perdu vers la fenêtre. À chaque rentrée, c'est le même rituel douloureux. "Où est papa ? Pourquoi n'est-il pas là ?" Et je sers toujours le même mensonge : "Il revient bientôt, son voyage est juste un peu plus long que prévu."
Mais Diana est trop vive pour être dupe longtemps. En tant que médecin, je sais l'importance d'une figure paternelle. En tant que mère, je sais que je lui impose un vide que je ne peux pas combler.
- C'est simple, Maëva : soit tu retrouves ce fameux numéro, soit tu lui dis la vérité.
Avant que je ne puisse protester, nos bipeurs s'affolent en une symphonie stridente. Fin de la psychanalyse, retour à la réalité. Elisa a raison, mais je n'ai pas le luxe de m'effondrer. J'ai une carrière à mener et une fille à protéger. Je rejoins l'accueil, vérifie mes messages de l'école - rien, tout va bien - et appelle mon premier patient.
Après quatre heures de consultations intensives, je m'accorde enfin une trêve. J'ai besoin d'entendre une voix familière pour décompresser. J'appelle mes parents.
- Allô ? Coucou, ma chérie.
- Bonjour, maman. Comment tu vas ?
- Très bien, et toi ? Tu es encore au service ?
- Oui, je sors d'un tunnel de cinq patients. La salle d'attente est enfin vide, alors j'en profite pour souffler un peu.
- Je m'en doutais, je te vois d'ici avec ta blouse... Et notre petite Diana ? Sa rentrée ?
- Une star, comme d'habitude. Elle est adorable avec tout le monde. Je crois qu'elle tient ça de toi, parce que moi, je n'ai pas toujours cette patience... Et de ton côté ?
- Ça va, c'est mardi, j'ai pu finir tôt. Je vais me coucher !
- Quelle chance... je vais essayer d'en faire autant.
Le bruit de pas dans le couloir signale la fin de ma pause. Je raccroche après un dernier baiser virtuel et me remets au travail.
La soirée défile. Récupérer Diana, passer en cuisine, le rituel du bain... Je m'assure qu'elle mange bien avant de l'installer sous sa couette pour son histoire préférée. Mais alors que je referme le livre, elle me retient par la manche.
- Maman ?
- Oui, mon cœur ?
- Est-ce que tu as fini par trouver le numéro de papa ? Est-ce qu'il rentre bientôt ?
Mon cœur se serre. Ses yeux sont chargés d'un espoir qui me transperce. Cela fait quatre ans que la question revient, mais cette année, son insistance est devenue un supplice. Que suis-je censée lui répondre ? Je ne peux pas lui avouer la vérité. Je ne peux pas lui dire que je ne sais même pas qui est son père, au-delà d'un nom et d'un souvenir gravé dans le noir.