Jeannette observe la poitrine de sa meilleure amie cesser de bouger. La photo est en haute définition. Pas de flou. Pas de place pour le doute. C'est Devyn, le fiancé de Jeannette, enlacé dans des draps blancs avec Zara.
Eleanor pousse un cri rauque, un son déchirant. Son pied glisse du frein, et le lourd SUV fait un bond en avant, les pneus crissant sur l'asphalte avant qu'elle ne freine brutalement, évitant de justesse une barrière en béton.
« Conduis », dit Jeannette. Sa voix est complètement plate. Elle ne ressemble pas à la sienne. On dirait celle d'une étrangère.
Eleanor jure. Elle enclenche la marche avant et écrase la pédale d'accélérateur. Le Range Rover s'engage sur l'autoroute à une vitesse fulgurante. « Ce sale hypocrite, ce menteur invétéré ! La famille Langley le présente comme un saint. Je vais le tuer, Jeannette. Je vais le détruire physiquement. »
Jeannette tend la main et baisse le chauffage de la voiture. L'air chaud qui lui souffle au visage lui donne la nausée. Son estomac se tord en un nœud douloureux, mais elle refuse de laisser ses mains trembler. Elle enfonce son ongle de pouce dans le côté de son index, se raccrochant à la douleur vive.
« Mes larmes se sont évaporées quelque part au-dessus de l'Atlantique », dit Jeannette, fixant aveuglément les feux arrière flous des voitures devant. « Pleurer ne sert à rien. J'ai besoin d'un couteau. Le plus aiguisé que je puisse trouver. »
Eleanor la regarde, un frisson lui parcourt l'échine face au vide absolu dans les yeux de Jeannette.
Le SUV s'enfonce dans le parking souterrain sombre du penthouse d'Eleanor à Back Bay. L'absence soudaine de lumière pèse lourdement. Jeannette détache sa ceinture d'un clic sec. Ses gestes sont mécaniques, précis. Comme un soldat qui charge une arme.
Quelques minutes plus tard, l'ascenseur privé s'ouvre directement dans l'appartement d'Eleanor. Jeannette retire ses talons. Elle marche pieds nus sur le tapis persan moelleux, ignorant complètement la vue nocturne à couper le souffle sur la Charles River à travers les baies vitrées.
Eleanor se dirige directement vers le bar. Elle sort une bouteille de Macallan millésimé et verse deux doigts de whisky pur dans des verres en cristal lourd. Elle en tend un à Jeannette, désespérée de briser la tension suffocante dans la pièce.
Jeannette lève la tête en arrière et avale le liquide ambré d'un trait. L'alcool brûle un chemin ardent dans sa gorge, se déposant comme des braises chaudes dans son estomac. Il alimente la rage silencieuse qui pulse dans ses veines.
« On envoie la photo à la presse tout de suite », dit Eleanor, arpentant la pièce.
« Non. » Jeannette secoue la tête. Elle pose le verre vide avec un bruit sourd. « Une photo ne suffit pas. La machine de relations publiques des Langley va la retourner. Ils diront qu'elle est truquée. Ils diront que c'est un deepfake IA. J'ai besoin de plus. »
Elle sort son ordinateur portable de son sac de cabine et l'ouvre. La lumière bleue crue illumine son visage pâle. Ses doigts volent sur le clavier, affichant la liste détaillée des biens qu'elle a exigée de l'expert-comptable de Devyn il y a des mois, sous prétexte de planification prénuptiale.
« Que cherches-tu ? » demande Eleanor, se penchant par-dessus son épaule.
« Un point faible », murmure Jeannette. Ses yeux parcourent les lignes de données jusqu'à ce qu'ils se fixent sur une adresse spécifique. Un appartement de luxe privé dans l'Upper East Side à Manhattan. Non enregistré sous le trust principal de la famille Langley.
Jeannette pointe l'écran. Puis elle affiche la photo de l'infidélité sur son téléphone et zoome sur l'arrière-plan. « Regarde la tête de lit. Regarde la table de chevet sur mesure. Ça correspond au portfolio de l'architecte d'intérieur pour cette adresse exacte à Manhattan. »
Elle fouille dans la fermeture éclair cachée de son portefeuille et en sort une carte-clé noire et élégante. Elle la claque sur la table basse en verre. Le plastique produit un bruit sec.
« Il me l'a donnée il y a six mois pour prouver qu'il n'avait pas de secrets », dit Jeannette, un rire amer et creux s'échappant de ses lèvres. « Il a oublié qu'il me l'avait donnée. »
Eleanor fixe la carte, les yeux écarquillés. « Jeannette... que fais-tu ? Et s'il te plaît, dis-moi que tu ne vas pas refaire le coup de ces fêtes de yachts de milliardaires à Monaco. Dieu merci, tu laisses enfin tomber ton rôle de fiancée modèle, mais c'est dangereux. »
Jeannette ne répond pas. Elle ouvre un nouvel onglet crypté, naviguant vers un réseau de messagerie sécurisé qu'elle n'a pas utilisé depuis la mort de son grand-père. Elle tape rapidement un message à un ancien homme de l'ombre de la famille, quelqu'un qui se spécialise dans les zones grises de la haute société. Elle demande des outils de surveillance compacts, puissants et complètement indétectables. Des caméras miniatures de qualité militaire. Des micros haute fidélité.
Eleanor inspire brusquement. « C'est un crime. Tu enfreins les lois sur l'écoute clandestine. »
« Dans les cercles de la vieille garde, le vainqueur écrit les lois », dit Jeannette, sa voix tombant à un murmure dangereux. « J'ai besoin que tu utilises tes contacts dans les médias. Obtiens-moi le plan de sécurité du gala de charité des Langley la semaine prochaine. »
Eleanor hésite, se mordant la lèvre inférieure. « La sécurité là-bas est incroyable. »
Jeannette tourne la tête. Elle croise le regard de sa meilleure amie. L'intensité dans ses yeux est terrifiante.
« D'accord », souffle Eleanor. « Je l'aurai. »
Jeannette se tourne à nouveau vers l'écran. Elle réserve un billet en première classe pour le premier vol du matin de Boston à New York. Le départ est à l'aube, lui laissant juste assez de temps pour se préparer mentalement à l'infiltration.
« Dors une nuit », supplie Eleanor. « Tu as l'air d'être sur le point de t'effondrer. »
Jeannette saisit son verre de whisky vide et le claque sur la table, le cristal résonnant bruyamment. « Le feu brûle en moi, El. Je ne vais pas le laisser s'éteindre. »
La sonnette retentit. Le coursier local.
Jeannette se dirige vers la porte. Elle signe sur la tablette numérique. Sa main ne tremble pas d'un millimètre. Elle prend le paquet noir, le déchire sur l'îlot de cuisine et vérifie habilement les batteries et les signaux de transmission des minuscules lentilles.
Elle fourre l'équipement dans un sac à dos noir discret. Elle retire ses vêtements de voyage et enfile un legging noir, un sweat à capuche noir et une casquette de baseball sombre.
Avant de franchir la porte, elle s'arrête devant le miroir de l'entrée. Elle fixe la femme qui la regarde en retour, froide, épuisée et redoutable. Elle baisse les yeux vers sa main gauche. Elle attrape la bague de fiançailles en diamant de cinq carats, la retire de son doigt et la jette négligemment sur le meuble à chaussures. Elle atterrit avec un bruit sourd.
La lourde porte d'entrée se referme derrière elle. Jeannette s'enfonce seule dans la nuit glaciale de Boston.